Monitoring des pannes réseau : méthode et diagnostic
Méthode complète pour diagnostiquer une coupure réseau en entreprise, améliorer la connectivité et accélérer le dépannage informatique.
« Il faut compter 24 à 72 heures. » C’est la réponse que donnent la plupart des hébergeurs quand on leur demande combien de temps dure une propagation DNS, et elle est fausse dans la quasi-totalité des cas. Le délai réel n’est pas une constante : c’est une valeur que vous avez choisie, souvent sans le savoir, et que vous pouvez ramener à quelques minutes. Voici comment elle se calcule, comment on la contrôle avant une migration, et comment on la vérifie.
Le mot « propagation » décrit mal ce qui se passe, et c’est la source de la confusion. Aucune information ne voyage de serveur en serveur à travers le monde. Vos enregistrements sont modifiés instantanément sur vos serveurs de noms, et ils y sont exacts dès la seconde suivante.
Ce qui prend du temps, c’est l’oubli. Entre un visiteur et vos serveurs de noms s’intercalent des résolveurs, celui de son fournisseur d’accès, celui de son entreprise, celui de son système, celui de son navigateur. Chacun conserve la réponse précédente en mémoire et continue de la servir sans rien redemander. Tant que cette copie n’a pas expiré, le visiteur atteint l’ancienne adresse, et il n’y a rien à faire pour l’en empêcher.
La propagation DNS n’est donc pas une diffusion. C’est l’expiration progressive de copies périmées, et sa durée est écrite dans vos enregistrements.
Chaque enregistrement DNS porte un TTL, pour Time To Live, exprimé en secondes. Il indique aux résolveurs combien de temps ils ont le droit de conserver la réponse avant de la redemander. C’est exactement la durée de votre propagation, ni plus ni moins.
| TTL | En clair | Durée maximale de la propagation |
|---|---|---|
| 300 | 5 minutes | 5 minutes |
| 3600 | 1 heure | 1 heure |
| 14400 | 4 heures | 4 heures |
| 86400 | 24 heures | 24 heures |
Un TTL de 3 600 secondes signifie qu’au pire, une heure après votre modification, tout résolveur ayant respecté la consigne servira la nouvelle valeur. Pas 72 heures. Une heure.
Il n’est pas inventé, mais il ne s’applique qu’à un seul cas : le changement de serveurs de noms, c’est-à-dire quand vous confiez votre domaine à un autre hébergeur DNS. Cette information-là n’est pas publiée par vous, elle est publiée par le registre de l’extension, et c’est lui qui en fixe le TTL.
La zone .com délègue avec un TTL de 172 800 secondes, soit très exactement 48 heures, et la plupart des grandes extensions retiennent un ordre de grandeur comparable. Voilà le fameux délai. Il ne concerne pas la modification d’un enregistrement A, MX ou CNAME, qui reste gouvernée par votre propre TTL.
Elle tient en trois temps, et c’est le seul moyen d’avoir une migration sans trou. L’erreur classique est d’abaisser le TTL le jour du changement : c’est trop tard, puisque les résolveurs détiennent encore l’ancienne valeur avec l’ancien TTL.
Un TTL bas en permanence augmente le nombre de requêtes vers vos serveurs de noms et ajoute quelques millisecondes à la première visite. C’est négligeable pour un site ordinaire, et c’est le même arbitrage que celui décrit dans notre article sur l’optimisation des performances d’un site.
Interroger votre site dans un navigateur ne prouve rien : vous testez votre propre cache. Il faut interroger les résolveurs un par un.
dig +noall +answer exemple.fr A # la reponse de votre resolveur, avec le TTL restant dig exemple.fr A @8.8.8.8 # ce que sert Google Public DNS dig exemple.fr A @1.1.1.1 # ce que sert Cloudflare dig +trace exemple.fr A # le chemin complet, depuis la racine
Le nombre affiché à côté de l’enregistrement est le TTL restant : il décompte. S’il indique 1 800 alors que votre TTL est de 3 600, la copie a une demi-heure et expirera dans trente minutes. C’est l’information la plus utile de tout le diagnostic, et elle n’apparaît sur aucun vérificateur en ligne.
Sur Windows, ipconfig /flushdns vide le cache local. Sur macOS, sudo dscacheutil -flushcache. Cela ne change rien pour vos visiteurs, dont vous ne contrôlez pas la machine, mais cela vous évite de conclure à tort que la bascule a échoué.
Les outils qui affichent une carte du monde couverte de croix rouges et de coches vertes sont utiles, mais ils sont systématiquement mal lus. Une croix rouge ne signifie pas que la propagation a échoué quelque part.
Ces services interrogent une trentaine de résolveurs publics répartis sur plusieurs continents. Chacun a mis en cache votre enregistrement à un moment différent, donc chacun l’expirera à un moment différent. À mi-parcours du TTL, il est parfaitement normal que la moitié affiche l’ancienne valeur et l’autre la nouvelle. Ce n’est pas une anomalie, c’est la mécanique elle-même qui s’affiche.
Le seul cas qui doit inquiéter est celui où une croix rouge persiste au-delà du TTL que vous aviez fixé. Là, ce n’est plus du cache : soit le résolveur en question ignore les TTL courts et applique un minimum à lui, ce que certains font, soit votre modification n’a pas été enregistrée là où vous croyez l’avoir faite. Vérifiez alors directement vos serveurs de noms faisant autorité, que dig +trace vous désigne.
La réserve est importante, parce que le DNS sert d’explication commode à des pannes qui n’ont rien à voir. Trois symptômes sont régulièrement mis sur son compte à tort.
Si le domaine ne résout nulle part, le problème n’est pas une propagation mais une configuration absente ou une panne. La distinction entre les deux se fait avec les mêmes outils que ceux présentés dans notre article sur les bases du fonctionnement d’un réseau, et la démarche de diagnostic est décrite dans notre méthode pour diagnostiquer une coupure réseau.
Enfin, si vous êtes en train de choisir le domaine lui-même plutôt que de le migrer, les critères qui comptent sont réunis dans notre article sur le choix d’un nom de domaine d’entreprise.
Exactement la durée du TTL de l’enregistrement modifié. Avec un TTL de 3 600 secondes, une heure au maximum. Le délai de 24 à 72 heures souvent annoncé ne s’applique qu’au changement de serveurs de noms, dont le TTL est fixé par le registre de l’extension.
Parce que cette information est publiée par le registre de l’extension et non par vous. La zone .com délègue avec un TTL de 172 800 secondes, soit 48 heures. Vous ne pouvez pas abaisser cette valeur.
Avec la commande dig en interrogeant plusieurs résolveurs publics, par exemple dig exemple.fr A @8.8.8.8 puis @1.1.1.1. Le nombre affiché à côté de l’enregistrement est le TTL restant avant expiration de la copie en cache.
On ne l’accélère pas après coup, on la prépare. Abaissez le TTL à 300 secondes au moins un ancien TTL avant la migration, puis faites la bascule. La modification sera alors visible partout en cinq minutes.
Uniquement pour vous. ipconfig /flushdns sous Windows et dscacheutil -flushcache sous macOS vident votre cache local, mais n’ont aucun effet sur les résolveurs de vos visiteurs.
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